Pour chaque concert institutionnel, Marc-Antoine, se transforme en éditorialiste pour nous faire partager son analyse de la programmation à venir. Fruit de sa sensibilité et de son expérience musicales ainsi que du "ressenti" des répétitions en cours, son éditorial est un petit bijou que nous attendons tous avec impatience !  





Double événement !

publié le 12 juin 2014 à 07:31 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·12 juil. 2014 à 02:05 par Scipion Sardini ]

Cher public,


Le concert de clôture de cette saison 2013-2014 est un double événement pour notre chœur et orchestre : il sera pour nous l'occasion de célébrer nos 20 ans d'existence par un programme de gala varié et animé. Et ce sera également mon dernier concert en tant que chef du chœur. Est-il vraiment utile de préciser que l'émotion sera grande dans ces circonstances particulières.

Je m'autoriserai donc, exceptionnellement, à être personnel dans mes propos. 


Comment résumer en quelques lignes ces douze années communes ? La passion, la générosité, la confiance et une certaine dose d'inconscience ont été les qualités fondamentales qui nous ont permis de réaliser tous ces concerts. L'attachement et une forme d'intimité ont suivi, ce qui rend bien sûr le départ plus difficile. Néanmoins c'est l'opportunité pour le groupe de découvrir de nouvelles manières d'aborder la question musicale et vocale et peut-être d'obtenir des réponses que je n'aurai pas su apporter à certaines questions.


Dans ce programme, l'œuvre pour laquelle je garderai un attachement particulier et qui restera indissociable du chœur de l'AP-HP est le cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré. C'est un "tube" dans toutes les chorales, mais pour moi c'est devenu une véritable œuvre d'art que mes choristes savent chanter avec une authenticité de mon point de vue inégalable. Je suis partisan bien sûr ! D'autres œuvres auront marqué notre collaboration. Pour n'en citer que quelques unes, il y a eu le requiem de Cherubini, le stabat mater de Poulenc, la cantate de Noël d'Honegger ou encore Gallia de Gounod. Et puis certains lieux : les invalides, le val de grace ou l'hôpital Georges Pompidou.


La valse du Faust de Gounod résonnera sans doute comme une signature que j'aurais peut-être laissée au hasard de mes digressions sur la musique à danser française romantique.


Bon concert à tous !

en bref...

publié le 28 juin 2013 à 06:15 par Utilisateur inconnu

Cet édito très court me semble le plus approprié à notre concert de ce soir, mais pourrait également s'appliquer à tous nos concerts passés et à venir : nous aimons la musique classique et nous voulons la partager avec vous tous, cher public !

Haydn, Beethoven et Schubert !

publié le 4 avr. 2013 à 05:05 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·4 avr. 2013 à 05:23 par Scipion Sardini ]

A la veille de notre concert, je ne peux qu'encourager le public à venir s'y rendre demain soir compte tenu de ce que j'ai pu entendre à notre dernière répétition. Nos habitués savent bien de quoi sont capables le choeur et l'orchestre de l'AP-HP depuis plusieurs années. J'ose espérer qu'encore cette fois ils ne seront pas deçus de notre prestation, d'autant qu'ils auront l'opportunité d'entendre un répertoire assez peu courant, bien que parfaitement romantique.

Bien sûr, je vois déjà l'étonnement du lecteur si j'écris que Haydn, Beethoven et Schubert sont mal connus. Cette affirmation est tout à fait exagérée, si ce n'est que les trois œuvres au programme restent parmi les moins connues de ces trois génies de la musique. D'abord l'ouverture dans le style italien, œuvre de jeunesse, certes, mais néanmoins déjà bien marquée de l'emprunte de Schubert. La fantaisie « chorale » ensuite qui, loin d'être un simple brouillon de l'hymne à la joie, est une espèce d'ovni précurseur des symphonies monumentales de Gustav Mahler. Enfin, la messe « harmonie » de Haydn, la dernière du vieux compositeur : modèle classique ou invitation au renouveau pour le jeune Ludwig ?

Ce programme vous offrira donc une jolie perspective de l'évolution musicale au tournant du XIXème siècle. Et, pour ne rien vous cacher, le quatuor de solistes est tout à fait délicieux !

C'est une représentation unique, ça serait dommage de la manquer...

2013 !

publié le 4 janv. 2013 à 00:49 par Utilisateur inconnu

Meilleurs voeux pour cette nouvelle année qui commence, pleine de fabuleux concerts et de musique partagée ! Vivent les musiciens et vive la musique !

Edito rapide

publié le 22 mars 2012 à 09:52 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·4 avr. 2013 à 08:19 par Scipion Sardini ]

Chers lecteurs, chères lectrices, cher public,

si je prends aujourd'hui le temps d'écrire cet edito de dernière minute, au milieu de mes "devoirs" de musicien au sein de cette honorable chœur de l'AP-HP et ailleurs, c'est qu'il me semble important de vous préparer à notre prochain concert de printemps :
- tout d'abord, parce que les oeuvres qui seront interprétées, à l'exception peut-être de la symphonie de  Dvořák , ne courent pas les rues. Si la huitième symphonie est l'oeuvre du compositeur tchèque la plus jouée à Prague, on ne peut pas dire que Gallia de Gounod ou les œuvres pour chœur de Saint-Saëns bénéficient du même honneur à Paris !
- ensuite, parce que notre chœur mixte va se produire seul, c'est à dire sans le soutien habituel de l'orchestre, dans une partie importante de ce concert. C'est une expérience essentielle pour tout chœur qui se respecte et c'est une façon de faire peut-être découvrir cet ensemble à notre public sous un autre angle.
- enfin, parce que l'auteur de ces lignes, qui est avant tout le chef de chœur, aura la grande responsabilité de faire entendre le résultat du travail qu'il effectue d'habitude pour d'autres en dirigeant lui-même les œuvres "a cappella".

J'espère, cher public, que ces œuvres du répertoire romantique (dont certaines sont chargées d'Histoire!) vous plairont et vous toucheront comme elles nous ont touchés lors de notre travail préparatoire.

Bon concert !

Musique classique et économie d'énergie

publié le 20 mars 2011 à 00:58 par Utilisateur inconnu

En ces temps particulièrement agités où les catastrophes que subit notre monde sont largement amplifiées par nos réseaux de communication et d'information, les commentaires et les réactions en tout genre vont bon train ! Je lisais encore ce matin sur le réseau social le plus célèbre du monde un article intitulé « je suis en colère », expression d'une réaction épidermique à la désinformation massive diffusée par les autorités normalement compétentes sur le nucléaire et la politique de l'autruche adoptée en la matière. Naturellement, la question des économies d'énergie revient toujours au premier plan.


Je me demande parfois, non pas ce que deviendrait l'humanité sans électricité, mais plutôt ce qu'il lui serait encore possible d'accomplir en l'absence de la fée dont elle s'était d'ailleurs passée pendant des millénaires. Je me demande aussi parfois ce qui fait que nous autres, musiciens classiques, continuons à jouer une musique vieille de plusieurs siècles, enregistrée la plupart du temps trop souvent et que le public peut entendre désormais chez lui dans des conditions HI-FI juste en appuyant sur un bouton. Je suppose que les comédiens de théâtre se posent le même genre de question à l'heure ou le cinéma et le home-cinéma règnent en maîtres dans l'univers du spectacle (doit-on dire « spectacle mort » en opposition à ce que l'on a coutume d'appeler « spectacle vivant » ?).

Alors, en tant que musicien de la « vieille école » habitué aux instruments qui marchent à l'huile de coude et qui est attristé chaque fois qu'il doit jouer sur un clavier électronique, je suis d'accord pour faire des économies d'énergie, en commençant par favoriser les concerts sans amplification électrique dans des lieux adaptés autres que stades, hall de gares, concerts à ciel ouvert en plein désert (mais je n'ai rien contre les kiosques à musique et les théâtres de verdure). Je ne sais pas si la planète nous dira finalement « merci » mais nos oreilles seront préservées et nous n'aurons pas besoin faire soigner notre surdité par l'AP-HP.


A chacun de nos concert, y compris au dernier à l'HEGP, nous prouvons qu'avec notre bio-énergie d'êtres humains la musique peut être écoutée sans le recours d'une amplification artificielle à grand renfort de watts. Et à notre prochain concert, nous allons encore une fois renouveler cette expérience dans une salle à échelle humaine, avec nos violons et nos voix, en « exprimant » une musique qui fut écrite à une époque où l'on s'éclairait à la bougie et qui existera encore après le nucléaire, si l'humanité a survécu naturellement. Cette énergie dépensée en commun et partagée avec le public, c'est probablement une des raisons inconscientes qui nous poussent, nous autres musiciens classiques, à jouer encore une fois les chefs-d’œuvre de Beethoven et de Haendel, plutôt que de faire fortune en créant des « tubes » électroniques pour Lady Gaga ou autre star à la mode.


Marc-Antoine Pingeon, chef de chœur BIO


P.S. : Je présente mes excuses à ceux qui me reprocheraient de jouer sur un orgue alimenté électriquement. J'aurais bien préféré un harmonium à pédale, mais on ne les fabrique plus de nos jours...

L'orchestre et le chœur dans l'hôpital

publié le 21 nov. 2010 à 11:06 par Utilisateur inconnu

Peu de gens connaissent l'existence des deux ensembles issus de notre chœur et de notre orchestre. Pourtant, la présence du Petit Chœur et de l'Ensemble Instrumental au sein de l'institution AP-HP est réelle et essentielle : les concerts que ces ensembles donnent à l'hôpital Bretonneau pour les patients et leurs familles, les animations proposées au musée de l'hôtel Miramion pour les visiteurs de passage lors des nuits des musées et autres journées du patrimoines, ainsi que les vernissages musicaux de l'Espace Scipion, les fêtes de la musique ou encore la participation annuelle à la messe de l'hôpital Corentin-Celton sont des actions en parfaite conformité avec les objectifs de l'Espace Musical AP-HP, à savoir s'adresser au personnel soignant et administratif de l'institution et ses usagers dans le but de « dépasser autant que possible les difficultés liées à leurs activités à l’hôpital  » (à ce sujet, je renvois le lecteur à l'édito de notre présidente en page d'accueil de ce site), et sans doute peut-on ajouter de dépasser également les difficultés des usagers liées à leur passage ou séjour à l'hôpital.

Cela étant, seuls ces ensembles de petite taille avaient pu jusque là réaliser cette intrusion au cœur de l'hôpital. On peut le comprendre aisément compte tenu de la place que prend un chœur de quatre-vingt choristes et un orchestre de soixante musiciens. Par conséquent, je crois que nous mesurons tous, membres du chœur et de l'orchestre, à quel point ce concert est exceptionnel à double titre : d'une part parce qu'il célèbre le dixième anniversaire de cet hôpital de pointe, et surtout parce que notre ensemble au complet peut enfin se produire au sein même d'un hôpital, au plus près des usagers et des soignants.

Naturellement, les conditions de représentation seront elles aussi exceptionnelles ; l'hôpital n'est pas une salle de spectacle et ses activités ne vont pas s'arrêter le temps que les musiciens jouent et chantent. L'acoustique elle-même risque d'être surprenante (peut-être en bien d'ailleurs!) et nous ne serons pas à l'abri d'une interruption forcée par le bruit d'une sirène d'ambulance ou des rotors d'un hélicoptère d'urgence ! Mais malgré tout cela, ce concert promet d'être une expérience unique et inoubliable par l'échange humain et la communion harmonique que seule la musique peut permettre, dans ce lieu à la fois incongru pour des musiciens et pourtant si évident pour le chœur et l'orchestre de l'AP-HP.

Mozart versus Ribéry, ou trois raisons de venir au concert de l'orchestre et du chœur de l'AP-HP

publié le 9 juin 2010 à 07:54 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·4 avr. 2013 à 08:20 par Scipion Sardini ]

À celles et ceux qui hésiteraient encore sur la façon d'occuper leur soirée de vendredi, voici trois bonnes raisons de ne pas rester planté devant la télévision :

  • parce que vous adorez le football et que la perspective de voir la France se faire éliminer par l'Uruguay vous rend malade ; vous vous changerez agréablement les idées en venant écouter notre concert à l'écart des postes de télévision.

  • Parce que vous avez une sainte horreur du football et que les hurlements hystériques de vos voisins, supporters enragés des bleus, vous tapent sur les nerfs ; rien de tel que de la belle musique interprétée par des passionnés (mais néanmoins non-violents) dans un cadre favorable au recueillement et à la concentration.

  • Parce que vous n'en avez cure du football et que notre flûtiste Laurence Janot (et non pas Laurent, comme indiqué sur les cartons d'invitation) a bien plus de talent et d'élégance dans Mozart que Zahia dans une chambre d'hôtel, et ce sans avoir besoin de se déhancher sauvagement sur la danse arabe d'Edvard Grieg.

Musicalement vôtre,

Marc-Antoine Pingeon

L'hémiole

publié le 28 avr. 2010 à 00:04 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·4 avr. 2013 à 08:21 par Scipion Sardini ]

Au risque de rappeler aux habitués matinaux de France-Musique le fameux « mot du jour » du très médiatique Pierre Charvet, la chronique du jour aura pour sujet une figure rythmique que nous avons rencontrée à plusieurs reprises au chœur et dernièrement lors de la répétition du Schiksalslied de Brahms : l’hémiole.

Ce terme, hemiolos, signifie en grec : un et demi, et correspond en musique au rapport 3:2, ce qui se traduit dans notre « chant du destin » de Brahms par l’accentuation de la mesure tous les deux temps dans une mesure à trois temps pour faire entendre une autre mesure à trois temps dans un tempo deux fois plus lent, et ceci sans avoir changé de mesure initiale écrite ni de tempo de base.

L’excellent  dictionnaire encyclopédique de la musique d’Oxford (edition Robert Laffont) décrit l’hémiole de cette façon : « dans la notation musicale moderne, on parle d’hémiole lorsque deux mesures à trois temps (3/4) sont jouées comme si elles étaient notées sous la forme de trois mesures à deux temps (6/8) ou inversement ».

La musique baroque regorge de ce genre de procédé ; les compositeurs italiens et en particulier Vivaldi, mais aussi Haendel et Bach, pour ne citer que les plus célèbres, utilisent l’hémiole à discrétion et les recherches en matière d’interprétation de la musique baroque ont abouti à une mise en valeur de ses formules rythmiques décalées par la plupart des interprètes actuels sensibles à ses « découvertes ».

Concert de printemps (26 mars 2010)

publié le 27 mars 2010 à 00:20 par Scipion Sardini   [ mis à jour : 4 avr. 2013 à 08:23 ]

A propos de la symphonie n° 104 "Londres" de Haydn

Je commencerai cette chronique par un postulat : Franz-Josef Haydn est l’inventeur de la symphonie romantique viennoise. Et oui, vous avez bien lu : romantique. Pour s’en convaincre, il faut se lancer dans l’étude des onze dernières symphonies du compositeur, toutes construites selon un même plan – la symphonie en quatre mouvements, vif, lent, menuet, vif – et de dimensions comparables.

De nombreux musicologues ont vu dans l’utilisation systématique de cette forme en quatre mouvements l’apogée du style symphonique classique et ils n’ont pas tort : Haydn écrit de la symphonie en quatre mouvements depuis fort longtemps déjà, et il y a fait toutes les expériences possibles de formes. Les exemples ne manquent pas : dans la symphonie n° 68, le menuet vient prendre la deuxième position, introduisant un long adagio de près d’un quart d’heure ; dans la symphonie n° 8, « le midi », un récitatif joué au violon s’ajoute au plan habituel pour préparer le mouvement lent de la symphonie ; certains premiers mouvements se voient adjoindre une introduction lente, principe formel qui tend d’ailleurs à se généraliser. Alors Haydn serait-il devenu moins audacieux à la fin de sa vie ? Se serait-il contenté d’écrire une musique plus « commerciale » pour satisfaire le public à moindre coût ?

La réponse ne se trouve pas dans la forme mais dans le fond : Haydn établit avec la symphonie en quatre mouvements (vif – lent – menuet –vif) une forme d’équilibre formel idéal pour le concert qui lui permet de donner libre court à son invention musicale. Il préfère développer son discours dans le détail en utilisant tous les moyens à sa disposition que de toucher à la forme globale, comme s’il laissait ce soin à ses successeurs. Là encore, il y a pléthore d’exemple, depuis les développements fugués jusqu’aux ruptures harmoniques brutales, en passant par les variations d’orchestration d’un même thème.

De ce point de vue, Haydn est bien l’inventeur de la symphonie romantique viennoise, Beethoven en est l’exploitant et Schubert un respectueux disciple, appliquant son langage propre à la symphonie en quatre mouvement. Beethoven tire toutes les leçons du discours musical de Haydn jusqu’à la mutation : le menuet qui n’est déjà plus qu’un vestige de l’ancienne danse française chez Haydn prend d’un coup chez Beethoven le nom officiel de « scherzo », les développements du discours prennent de telles ampleurs que la symphonie finit par durer une heure et le sens « romantique » de la musique de Beethoven implique des transformations de la forme (comme la marche funèbre de la symphonie héroïque ou le final avec chœur de la neuvième). Mais on retrouve le récitatif introductif de la symphonie « le midi » dans la neuvième symphonie de Beethoven, ainsi que l’inversion du scherzo et du mouvement lent dans cette même symphonie, on retrouve également l’évocation de la nature des trois symphonies  de Haydn « le matin, le midi et le soir » dans la symphonie « Pastorale »… Dans le cas de Schubert, le modèle reste intact dans les six premières symphonies. Les quatre dernières s’allongent à la manière de ses dernières sonates pour piano (on sait aujourd’hui que Schubert a laissé trois symphonies inachevées, prévues toutes les trois pour être en quatre mouvements).

On pourrait tenter de décrire les différences et les similitudes entre ces différents génies de la musique viennoise, on pourrait même étendre cette étude aux autres compositeurs austro-allemands jusqu’à Gustav Mahler, mais le plaisir de jouer ou d’écouter la musique se passe de commentaire et la meilleure façon de s’en faire une idée est de venir l’écouter.


A propos de la Messa de Puccini

Au retour d’une répétition de la messe de Puccini avec les voix de ténors et basses du chœur, je me faisais la réflexion suivante : « cette musique donne réellement envie de chanter ». Cette première œuvre d’envergure du jeune Puccini possède déjà tous les éléments qui feront de lui un des plus grands compositeurs d’opéra de son temps : inspiration lyrique, effets théâtraux, orchestration spectaculaire. Ces mélodies quasi populaires, quand elles sont chantées avec toute la générosité et l’extraversion « à l’italienne » nécessaires, donne décidément le frisson. Les maladresses de composition et les quelques longueurs due à l’inexpérience s’effacent devant l’inspiration lyrique de ce compositeur plus tourné vers le théâtre que vers l’église.

La Messa achevée en 1880 est la première œuvre d’importance du compositeur italien et sa seule et unique œuvre sacrée d’envergure, Puccini ayant renoncé à suivre la voie tracée par ses ancêtres : devenir comme eux compositeur de musique d’église. La Messa fut créée le 12 juillet 1880 en l’église de Lucca, ville natale de Puccini et ne fut plus jamais jouée du vivant du compositeur. Celui-ci avait pourtant décidé de la remanier juste après la création de Manon Lescaut, sans doute dans l’espoir qu’elle fit l’objet d’une nouvelle exécution.

La partition ne réapparue que bien après la mort de Puccini grâce à la passion du prêtre italo-américain Dante Del Fiorentino pour le compositeur. Non content de collectionner ses lettres autographes, il acheta une copie de la Messa à une famille vivant dans le village natale de Puccini, copie qu’il considéra pendant longtemps comme étant la partition originale. Ce n’est qu’au cours de querelles juridiques opposant la famille Puccini et Del Fiorentino que la belle fille de Puccini mit le véritable manuscrit à la disposition des éditions Ricordi à titre de comparaison.

Sans être son chef-d’œuvre, cette messe, abusivement appelée « di Gloria », est déjà très imprégnée de la personnalité et de l’identité musicale de Puccini et restera son seul témoignage de musique sacrée.

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