Musique classique et économie d'énergie

publié le 20 mars 2011 à 00:58 par Utilisateur inconnu

En ces temps particulièrement agités où les catastrophes que subit notre monde sont largement amplifiées par nos réseaux de communication et d'information, les commentaires et les réactions en tout genre vont bon train ! Je lisais encore ce matin sur le réseau social le plus célèbre du monde un article intitulé « je suis en colère », expression d'une réaction épidermique à la désinformation massive diffusée par les autorités normalement compétentes sur le nucléaire et la politique de l'autruche adoptée en la matière. Naturellement, la question des économies d'énergie revient toujours au premier plan.


Je me demande parfois, non pas ce que deviendrait l'humanité sans électricité, mais plutôt ce qu'il lui serait encore possible d'accomplir en l'absence de la fée dont elle s'était d'ailleurs passée pendant des millénaires. Je me demande aussi parfois ce qui fait que nous autres, musiciens classiques, continuons à jouer une musique vieille de plusieurs siècles, enregistrée la plupart du temps trop souvent et que le public peut entendre désormais chez lui dans des conditions HI-FI juste en appuyant sur un bouton. Je suppose que les comédiens de théâtre se posent le même genre de question à l'heure ou le cinéma et le home-cinéma règnent en maîtres dans l'univers du spectacle (doit-on dire « spectacle mort » en opposition à ce que l'on a coutume d'appeler « spectacle vivant » ?).

Alors, en tant que musicien de la « vieille école » habitué aux instruments qui marchent à l'huile de coude et qui est attristé chaque fois qu'il doit jouer sur un clavier électronique, je suis d'accord pour faire des économies d'énergie, en commençant par favoriser les concerts sans amplification électrique dans des lieux adaptés autres que stades, hall de gares, concerts à ciel ouvert en plein désert (mais je n'ai rien contre les kiosques à musique et les théâtres de verdure). Je ne sais pas si la planète nous dira finalement « merci » mais nos oreilles seront préservées et nous n'aurons pas besoin faire soigner notre surdité par l'AP-HP.


A chacun de nos concert, y compris au dernier à l'HEGP, nous prouvons qu'avec notre bio-énergie d'êtres humains la musique peut être écoutée sans le recours d'une amplification artificielle à grand renfort de watts. Et à notre prochain concert, nous allons encore une fois renouveler cette expérience dans une salle à échelle humaine, avec nos violons et nos voix, en « exprimant » une musique qui fut écrite à une époque où l'on s'éclairait à la bougie et qui existera encore après le nucléaire, si l'humanité a survécu naturellement. Cette énergie dépensée en commun et partagée avec le public, c'est probablement une des raisons inconscientes qui nous poussent, nous autres musiciens classiques, à jouer encore une fois les chefs-d’œuvre de Beethoven et de Haendel, plutôt que de faire fortune en créant des « tubes » électroniques pour Lady Gaga ou autre star à la mode.


Marc-Antoine Pingeon, chef de chœur BIO


P.S. : Je présente mes excuses à ceux qui me reprocheraient de jouer sur un orgue alimenté électriquement. J'aurais bien préféré un harmonium à pédale, mais on ne les fabrique plus de nos jours...