Concert de printemps (26 mars 2010)

publié le 27 mars 2010 à 00:20 par Scipion Sardini   [ mis à jour : 4 avr. 2013 à 08:23 ]

A propos de la symphonie n° 104 "Londres" de Haydn

Je commencerai cette chronique par un postulat : Franz-Josef Haydn est l’inventeur de la symphonie romantique viennoise. Et oui, vous avez bien lu : romantique. Pour s’en convaincre, il faut se lancer dans l’étude des onze dernières symphonies du compositeur, toutes construites selon un même plan – la symphonie en quatre mouvements, vif, lent, menuet, vif – et de dimensions comparables.

De nombreux musicologues ont vu dans l’utilisation systématique de cette forme en quatre mouvements l’apogée du style symphonique classique et ils n’ont pas tort : Haydn écrit de la symphonie en quatre mouvements depuis fort longtemps déjà, et il y a fait toutes les expériences possibles de formes. Les exemples ne manquent pas : dans la symphonie n° 68, le menuet vient prendre la deuxième position, introduisant un long adagio de près d’un quart d’heure ; dans la symphonie n° 8, « le midi », un récitatif joué au violon s’ajoute au plan habituel pour préparer le mouvement lent de la symphonie ; certains premiers mouvements se voient adjoindre une introduction lente, principe formel qui tend d’ailleurs à se généraliser. Alors Haydn serait-il devenu moins audacieux à la fin de sa vie ? Se serait-il contenté d’écrire une musique plus « commerciale » pour satisfaire le public à moindre coût ?

La réponse ne se trouve pas dans la forme mais dans le fond : Haydn établit avec la symphonie en quatre mouvements (vif – lent – menuet –vif) une forme d’équilibre formel idéal pour le concert qui lui permet de donner libre court à son invention musicale. Il préfère développer son discours dans le détail en utilisant tous les moyens à sa disposition que de toucher à la forme globale, comme s’il laissait ce soin à ses successeurs. Là encore, il y a pléthore d’exemple, depuis les développements fugués jusqu’aux ruptures harmoniques brutales, en passant par les variations d’orchestration d’un même thème.

De ce point de vue, Haydn est bien l’inventeur de la symphonie romantique viennoise, Beethoven en est l’exploitant et Schubert un respectueux disciple, appliquant son langage propre à la symphonie en quatre mouvement. Beethoven tire toutes les leçons du discours musical de Haydn jusqu’à la mutation : le menuet qui n’est déjà plus qu’un vestige de l’ancienne danse française chez Haydn prend d’un coup chez Beethoven le nom officiel de « scherzo », les développements du discours prennent de telles ampleurs que la symphonie finit par durer une heure et le sens « romantique » de la musique de Beethoven implique des transformations de la forme (comme la marche funèbre de la symphonie héroïque ou le final avec chœur de la neuvième). Mais on retrouve le récitatif introductif de la symphonie « le midi » dans la neuvième symphonie de Beethoven, ainsi que l’inversion du scherzo et du mouvement lent dans cette même symphonie, on retrouve également l’évocation de la nature des trois symphonies  de Haydn « le matin, le midi et le soir » dans la symphonie « Pastorale »… Dans le cas de Schubert, le modèle reste intact dans les six premières symphonies. Les quatre dernières s’allongent à la manière de ses dernières sonates pour piano (on sait aujourd’hui que Schubert a laissé trois symphonies inachevées, prévues toutes les trois pour être en quatre mouvements).

On pourrait tenter de décrire les différences et les similitudes entre ces différents génies de la musique viennoise, on pourrait même étendre cette étude aux autres compositeurs austro-allemands jusqu’à Gustav Mahler, mais le plaisir de jouer ou d’écouter la musique se passe de commentaire et la meilleure façon de s’en faire une idée est de venir l’écouter.


A propos de la Messa de Puccini

Au retour d’une répétition de la messe de Puccini avec les voix de ténors et basses du chœur, je me faisais la réflexion suivante : « cette musique donne réellement envie de chanter ». Cette première œuvre d’envergure du jeune Puccini possède déjà tous les éléments qui feront de lui un des plus grands compositeurs d’opéra de son temps : inspiration lyrique, effets théâtraux, orchestration spectaculaire. Ces mélodies quasi populaires, quand elles sont chantées avec toute la générosité et l’extraversion « à l’italienne » nécessaires, donne décidément le frisson. Les maladresses de composition et les quelques longueurs due à l’inexpérience s’effacent devant l’inspiration lyrique de ce compositeur plus tourné vers le théâtre que vers l’église.

La Messa achevée en 1880 est la première œuvre d’importance du compositeur italien et sa seule et unique œuvre sacrée d’envergure, Puccini ayant renoncé à suivre la voie tracée par ses ancêtres : devenir comme eux compositeur de musique d’église. La Messa fut créée le 12 juillet 1880 en l’église de Lucca, ville natale de Puccini et ne fut plus jamais jouée du vivant du compositeur. Celui-ci avait pourtant décidé de la remanier juste après la création de Manon Lescaut, sans doute dans l’espoir qu’elle fit l’objet d’une nouvelle exécution.

La partition ne réapparue que bien après la mort de Puccini grâce à la passion du prêtre italo-américain Dante Del Fiorentino pour le compositeur. Non content de collectionner ses lettres autographes, il acheta une copie de la Messa à une famille vivant dans le village natale de Puccini, copie qu’il considéra pendant longtemps comme étant la partition originale. Ce n’est qu’au cours de querelles juridiques opposant la famille Puccini et Del Fiorentino que la belle fille de Puccini mit le véritable manuscrit à la disposition des éditions Ricordi à titre de comparaison.

Sans être son chef-d’œuvre, cette messe, abusivement appelée « di Gloria », est déjà très imprégnée de la personnalité et de l’identité musicale de Puccini et restera son seul témoignage de musique sacrée.